L'intelligence artificielle (IA) n'est plus seulement un sujet technologique. En 2026, elle figure explicitement dans les prévisions macroéconomiques des grandes institutions, à la fois comme moteur de croissance et comme source de risque.
Les faits : une vague d'investissement mesurable
Dans ses Perspectives de l'économie mondiale d'octobre 2026, le FMI décrit l'essor technologique, principalement porté par l'IA, comme un choc de demande positif : il stimule l'investissement et le commerce, notamment de semi-conducteurs, de serveurs et d'équipements.
Les données de la CNUCED vont dans le même sens. Son Rapport sur l'investissement dans le monde 2026, publié le 7 juillet, indique que la hausse des investissements directs étrangers en 2025 (environ 1 600 milliards de dollars, +6 %) a été largement portée par un petit nombre de mégaprojets, en particulier des centres de données liés à l'IA, suivis du pétrole et du gaz et des semi-conducteurs.
Les estimations sur le marché et l'emploi
Un marché en forte croissance. Selon le Rapport sur la technologie et l'innovation 2025 de la CNUCED (7 avril 2025), le marché mondial de l'IA pourrait passer de 189 milliards de dollars en 2023 à 4 800 milliards de dollars en 2033. Il s'agit d'une projection, non d'un constat. Le même rapport souligne une forte concentration : en 2022, une centaine d'entreprises, principalement américaines et chinoises, représentaient 40 % des dépenses mondiales de recherche et développement en IA.
Des emplois transformés plutôt que supprimés. Une note de discussion du FMI publiée en janvier 2024 estime qu'environ 40 % des emplois dans le monde sont exposés à l'IA, et près de 60 % dans les économies avancées, contre 40 % dans les économies émergentes et 26 % dans les pays à faible revenu. Être « exposé » ne signifie pas disparaître : selon le FMI, environ la moitié des emplois exposés pourraient bénéficier de gains de productivité, tandis que l'autre moitié pourrait être pénalisée.
Les risques identifiés
Le FMI cite parmi les risques de dégradation de la croissance une réévaluation des attentes liées à l'IA. Son Rapport sur la stabilité financière d'octobre 2026 va plus loin : des investissements ou une rentabilité de l'IA plus faibles ou moins durables que prévu pourraient entraîner une correction des actifs liés à l'IA, amplifiée par l'endettement et la concentration des expositions. Le rapport mentionne aussi la montée des cybermenaces dans un système financier de plus en plus numérique.
Notre analyse
L'IA illustre une situation fréquente en économie : une technologie peut être à la fois prometteuse à long terme et source de volatilité à court terme. Les gains de productivité, s'ils se matérialisent, prennent généralement du temps à se diffuser dans l'ensemble de l'économie. Dans l'intervalle, les valorisations reposent en partie sur des anticipations.
Pour les entreprises, l'enjeu est moins de « suivre la mode » que d'identifier des usages concrets : automatisation de tâches répétitives, analyse de données, service client, contrôle de la qualité. Pour les pays, la CNUCED insiste sur les infrastructures, les compétences et l'accès aux données, afin que les bénéfices ne restent pas concentrés dans quelques économies.
À retenir
- L'IA soutient aujourd'hui l'investissement et le commerce mondiaux, notamment via les centres de données.
- La CNUCED projette un marché de 4 800 milliards de dollars en 2033 ; il s'agit d'une estimation.
- Environ 40 % des emplois mondiaux sont exposés à l'IA selon le FMI, ce qui ne signifie pas leur disparition.
- Le FMI identifie un risque de correction des actifs liés à l'IA : enthousiasme technologique et prudence financière vont de pair.
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